Introduction
La Confrérie Saint-Sébastien de Beaumont n'est pas qu'une simple association de tireurs ; c'est une institution séculaire, héritière des milices bourgeoises qui ont façonné l'histoire du Hainaut.
Fondée traditionnellement vers 1320, elle est l'une des plus anciennes confréries militaires de la ville — et parmi les plus anciennes de Belgique. Longtemps dédiée à la défense des murailles et à l'exercice de l'arc, elle conserve aujourd'hui ses rituels, son patrimoine matériel et sa fonction de club sportif, tout en perpétuant la mémoire du Serment médiéval.
Les Origines : le Serment (XIVe siècle)
La fondation, bien que traditionnellement datée vers 1320 sous l'impulsion de Jean de Hainaut, seigneur de Beaumont, s'inscrit dans un contexte où les villes du Hainaut s'émancipent. Le terme « Serment » désignait alors une corporation militaire assermentée — non pas une simple guildé de loisir, mais un corps de défense urbain lié par serment au magistrat et à la cité.
Fonction initiale : milice urbaine chargée de la garde des portes (notamment la porte du Plouy) et de la défense du rempart. La compagnie compterait alors vingt-et-un membres, archers et arbalétriers formés à la protection de Beaumont.
Référence clé : l'ouvrage de Théophile Bernier (1879), Histoire de la ville de Beaumont, reste la source primaire incontournable pour les chercheurs. Il y détaille comment les archers et arbalétriers assuraient la sécurité de la cité, bien avant que la confrérie ne prenne, des siècles plus tard, une dimension plus festive et symbolique.
La Transition (XVIIe – XVIIIe siècles)
L'incendie de 1598 a effacé la charte originelle, marquant une rupture dans la mémoire institutionnelle. La confrérie s'est reconstruite sur la base des statuts de 1699 (22 juin) et fut officiellement confortée par un décret de Maximilien II Emmanuel, électeur de Bavière, en date du 20 août 1714 (Saint-Cloud), confirmant les privilèges accordés jadis par les archiducs Albert et Isabelle.
Privilèges : les membres du Serment bénéficiaient d'exemptions fiscales et de droits sur les boissons (vin et bière) — avantages courants pour les milices bourgeoises de l'époque, qui finançaient en partie leur propre équipement. Le décret de 1714 mentionne notamment l'exemption de droits sur un baril de vin et deux barils de bière par an.
Lien religieux : le culte de Saint Sébastien — martyr martyrisé par des archers sous Dioclétien — servait de socle spirituel à la compagnie. Très vénéré au Moyen Âge contre la peste et les épidémies, le saint offrait un rôle protecteur qui a perduré au-delà de la fonction militaire, imprégnant rituels, fêtes et iconographie de la confrérie.
L'époque contemporaine
Aux XIXe et XXe siècles, la confrérie a muté d'une garde armée vers un rôle de conservatoire des traditions beaumontoises. L'obtention du titre de « Société Royale » en 1989 a scellé ce statut actuel, reconnu au niveau institutionnel et associatif.
Elle conserve aujourd'hui des objets rares, dont une statue polychrome du XVIIIe siècle de Saint Sébastien, témoin direct de cette histoire religieuse et confrérique. Chaque année, en janvier, se perpèuent la bénédiction à l'église et le tir du Roy — tir à l'oiseau selon l'ancienne coutume, où l'archer victorieux devient Roy ou Reine de l'année (et, à trois titres consécutifs, Empereur à vie).
Parallèlement, la confrérie demeure un club sportif de tir à l'arc, affilié à la LFBTA, ouvert aux archers débutants et confirmés pour l'entraînement et les compétitions.
Nos Sources Historiques
La connaissance de la confrérie repose sur un faisceau de sources : ordonnances urbaines et princières, statuts conservés après 1699, registres communaux et travaux historiques du XIXe siècle.
En première ligne figure Théophile Bernier, dont l'Histoire de la ville de Beaumont (1879) documente la fonction militaire originelle des archers. S'y ajoutent le Recueil des ordonnances des Pays-Bas de Louis Prosper Gachard et les Archives communales de Beaumont, indispensables pour toute recherche approfondie sur le Serment, ses privilèges et ses biens patrimoniaux.
Bibliographie
- Théophile Bernier — Histoire de la ville de Beaumont (1879)
- Louis Prosper Gachard — Recueil des ordonnances des Pays-Bas
- Archives communales de Beaumont — Documents, registres et pièces relatives à la confrérie